L’Ile de La Réunion se situe au cœur de l’océan Indien et constitue une véritable terre de métissage où les influences africaines, indiennes, asiatiques et européennes se mêlent pour former une identité unique. Parmi les nombreux aspects de cette richesse culturelle, la médecine traditionnelle réunionnaise occupe une place importante, incarnant un patrimoine culturel ancestral transmis à travers les générations.
Aux origines de la médecine traditionnelle de La Réunion
La médecine traditionnelle de La Réunion trouve ses racines dans les différentes populations qui ont peuplé l’île au fil des siècles. Les premiers esclaves africains, déportés pour travailler dans les plantations de canne à sucre, ont apporté avec eux leurs connaissances en matière de plantes médicinales et de rituels de guérison. Par la suite, l’arrivée des engagés indiens et chinois a enrichi ce savoir avec l’Ayurveda et la médecine traditionnelle asiatique, qui reposent sur l’équilibre des énergies et l’utilisation des plantes. Il ne faut pas oublier que l’empirisme a joué un rôle majeur pour les populations esclaves et engagées : ainsi la population a essayé de se soigner en consommant des plantes qu’elle ne connaissait pas forcément (notamment certaines endémiques que l’on ne trouve nulle part ailleurs). Ces essais avaient parfois des fins tragiques lorsque des plantes toxiques étaient consommées, mais ils ont permis d’apporter de nouvelles informations à la médecine traditionnelle. L’affinement de ce savoir s’est fait notamment grâce aux connaissances des populations malgaches, qui avaient une très bonne connaissance de leur pharmacopée et qui se basaient sur les ressemblances entre les plantes de La Réunion et celles de leurs terres d’origine.
Sur cette terre marquée par l’esclavage et l’engagisme, les colons européens, notamment les Français, ont également contribué à la médecine traditionnelle réunionnaise. Cela s’est fait notamment à travers l’introduction de nouvelles espèces aromatiques et médicinales sur l’île. C’est ainsi que la phytothérapie européenne a également intégrée la médecine traditionnelle. Les pratiques et savoirs se sont ainsi entremêlés, créant une médecine traditionnelle à l’image de la population réunionnaise.
Les préparations de plantes
L’île de La Réunion, fait partie des hotspots de la biodiversité mondiale. Sa biodiversité végétale compte plus d’une trentaine de plantes d’ores et déjà inscrites à la Pharmacopée Française, signe d’une reconnaissance officielle de leurs potentiels vertus thérapeutiques.
Parmi les plus célèbres plantes médicinales, on trouve le Bois d’arnette (Dodonaea viscosa), utilisé pour soigner les rhumatismes, le Curcuma (Curcuma longa), aux propriétés anti-inflammatoires, ou encore le Géranium rosat (Pelargonium x graveolens), dont l’huile essentielle et l’hydrolat sont prisées pour leurs vertus apaisantes et antiseptiques.

Les plantes médicinales sont plus généralement utilisées sous forme de tisanes mais également sous formes de cataplasmes, baume et même de shampoing. Préparées à partir de plantes cueillies dans les jardins ou prélevées dans la nature, les tisanes sont utilisée pour traiter divers maux, du rhume à l’insomnie, en passant par les troubles digestifs. Chaque famille réunionnaise possède ses propres recettes de tisanes, transmises oralement de génération en génération.
Malheureusement au fil des années, le prélèvement des espèces en milieu naturel (braconnage) s’est intensifié et a nécessité la mise en place de différents dispositifs de protection de la nature. Des filières de cultures ont également été mises en place pour valoriser ces ressources végétales et éviter le prélèvement des plantes en milieu naturel.
Les tisaneurs : le mariage des connaissances et des croyances
Les Tisaneurs sont les praticiens de la médecine traditionnelle réunionnaise. Ces guérisseurs sont souvent des personnes âgées, respectées pour leur connaissance des plantes et des remèdes naturels. Leur savoir ne se limite pas à la phytothérapie, mais inclut également des pratiques spirituelles, comme les prières, les rituels de purification ou les bénédictions, qui accompagnent souvent la préparation des remèdes. Il faut savoir que les croyances possèdent une place importante dans l’acceptation et dans certains processus de guérison.
Ces pratiques spirituelles sont un héritage direct des croyances africaines et malgaches, où la maladie est souvent perçue comme un déséquilibre entre l’individu et le monde des esprits. Le tisaneur peut ainsi jouer un rôle de médiateur, rétablissant l’harmonie à travers des soins qui touchent autant le corps que l’esprit.
Malgré la modernisation de La Réunion et l’accès croissant aux soins de santé conventionnels, la médecine traditionnelle demeure reste ancrée dans les traditions. Elle est particulièrement prisée dans les zones rurales et par les personnes âgées, qui lui font confiance pour soigner les maux du quotidien.
Aujourd’hui, on observe un regain d’intérêt pour ces savoirs anciens, notamment dans le cadre de la valorisation du patrimoine culturel immatériel de l’île. Des initiatives visent à préserver et à transmettre ces connaissances, tout en les intégrant à des pratiques médicales modernes. Des recherches sont également menées pour évaluer scientifiquement l’efficacité de certains remèdes traditionnels, ce qui pourrait ouvrir la voie à une reconnaissance officielle de la médecine traditionnelle réunionnaise.
La médecine traditionnelle de La Réunion est bien plus qu’un ensemble de remèdes naturels : elle est le reflet d’une histoire marquée par les rencontres et les métissages. Elle témoigne d’une adaptation et de l’intégration de savoirs venus d’ailleurs pour créer une culture unique. Aujourd’hui, alors que le monde redécouvre les vertus des médecines naturelles, La Réunion peut être fière de son héritage, qui continue de soigner, de protéger et d’unir les hommes et la nature.